-Olympique Lyonnais-
Supporters Ultras de l’OL : Quand la politique s’invite
dans la fosse aux lions
Écrit par Jules Sueur
le 29/10/2026
Photo du virage nord et des Bad Gones 1987 au match OL - HAC, le 29/08/2026
Si l’Olympique Lyonnais semble retrouver des couleurs sur le terrain, ses tribunes traversent une période agitée.
Depuis le début de la saison, agressions aux abords du stade et tensions entre supporters ultras alimentent les divisions tandis que l’apolitisme revendiqué par certains contraste avec une frontière entre supportérisme et politique de plus en plus floue.
Ce lundi soir, toute la planète foot n'avait d'yeux que pour la cérémonie du Ballon d'Or et le sacre d'Harry Kane.
Toute ? Non ! Car un virage parisien, peuplé d'intraitables ultras avait à cœur d'adresser une pique bien sentie à leurs homologues lyonnais.
Hanif Ben Berkane sur X le 26/10.
Successeur du groupe Six Neuf Pirates, aujourd’hui dissous, les Atypik tentent de trouver leur place dans un paysage ultra lyonnais historiquement structuré autour des Bad Gones et du Virage Sud Lyon. Nouveaux venus dans les tribunes, ils semblent encore évoluer à la marge de ces cadors.
Se revendiquant « cosmopolites et populaires », le jeune groupe dénonce néanmoins une "escalade dans la manière dont Atypik est traité" et affirment par ailleurs avoir été victimes d’un guet-apens visant à les intimider.
Un épisode qui illustre les difficultés rencontrées pour s’imposer dans le paysage ultra selon Christophe, interrogé dans le cadre de notre micro-trottoir : " Je sais que c'est difficile pour un nouveau groupe pour faire sa place (...) c'est un peu fermé comme process je trouve".
Des tribunes sous tension
Mais l'arrivée des Atypik n'est pas le seul sujet qui agite le paysage lyonnais. Depuis le début de la saison, plusieurs incidents sont venus ternir la dynamique sportive du club.
Entre des agressions racistes survenues aux abords du stade après le match contre le Havre comme révélé par BFM Lyon et des bras tendus semblables à des saluts nazis lors de la réception du Stade Rennais, les incidents se multiplient.

Reportage BFM Lyon le 01/09/2026
Un blason, plusieurs visions
Bien que la plupart des supporters estiment que la politique ne doit pas empiéter sur le supportérisme, il semble difficile d'appliquer cette idée au cas lyonnais.
Dans une enquête réalisée par RMC Sport, une source policière décrit le groupe Atypik comme cherchant à "faire dégoupiller les supporters installés depuis de nombreuses années, à leurs yeux tous extrémistes aux relents nazis, afin que le ministère prononce leur dissolution."
Le stade lyonnais est-il alors devenu un terrain d'affrontement plutôt qu'un lieu de communion?
Loin des différends entre ultras, les supporters sans affiliation semblent se détacher de plus en plus des groupes et admettent un climat tendu, marqué par les incidents à caractère raciste qui se répètent ; propos racistes en tribunes, sentiment d'insécurité et éloge de la violence forment un cocktail que préféreraient éviter la plupart des gones.
C'est le cas d'Axel : "Je pense que des gens ont peur d'aller dans certains endroits du stade (...) Tu peux pas dire des trucs comme ça, des trucs nazis, racistes...
Un gamin qui peut être facilement influencé (...) s'il est dans un mauvais parcage, il va se dire que c'est normal, qu'il faut dire tout ça pour supporter le club"
Idem pour Thomas : "Depuis quelques temps, il y a des débordements que j'accepte pas trop (...) Ça a peut être changé mon point de vue sur les ultras..."
Les incidents du début de saison semblent émailler l'image des ultras historiques, dont des membres sont régulièrement affiliés à des mouvances d'extrême droite. Quant à Atypik, ils semblent se démarquer et même réussir à rallier des membres d'autres groupes, lassés par les incidents répétés.
C'est ce qu'explique Mathéo, ultra du VSL: " De base nous on aime bien tout ce qui est ultras (...) Je peux comprendre le fait de créer un groupe qui soit antifasciste (...) j'ai même songé à rejoindre Atypik (...) on adhère clairement aux idées."
Je peux comprendre le fait de créer un groupe qui soit antifasciste (...) j'ai même songé à rejoindre Atypik (...) on adhère clairement aux idées.
-Supporters Ultras-
-Politique-
En référence au soutien des ultras lyonnais aux commerces touchés durant les manifestations du 17 octobre, cette banderole parisienne s'inscrit dans la lignée d'attaques adressées aux lyonnais depuis des années.
Mais si les Bad Gones sont habitués aux provocations venues des virages adverses, c'est désormais au sein de leur propre stade que les tensions se multiplient.
En cause : l'arrivée cette saison des Atypik, un nouveau groupe dont la présence vient bousculer l'équilibre lyonnais
Mathéo - Ultra du Virage Sud Lyon
Ces incidents n'ont pas pour seul lieu le Groupama Stadium mais l'enceinte du stade semble exacerber des tensions déjà présentes dans la métropole.
À Lyon, les clivages politiques et les mouvances d'extrême droite occupent l'espace public. Les défilés de militants radicaux et les manifestations marquées par des discours racistes rappellent que le climat de tension dépasse le cadre du football.
Le 30/10/2026

Crédit : Jules Sueur

Micro Trottoir devant la boutique OL à Lyon, réalisé par Jules Sueur le 28/10/2026
Un virage à négocier
Tandis que les tensions s'accentuent dans les tribunes, la direction de l'OL doit composer avec d'autres urgences.
La relégation administrative en Ligue 2 l'été dernier, finalement annulée, a fragilisé les finances du club, faisant de son redressement économique une priorité.
Pourtant, les difficultés traversées par l'OL ne semblent pas avoir entamé l'attachement de ses supporters. En deux saisons, le nombre d'abonnés à bondi de 25%

Mais derrière cet engouement, les équilibres des tribunes sont aujourd'hui bousculés et l'histoire du supportérisme français rappelle que ces tensions peuvent parfois mener à des décisions radicales.
En avril 2008 était annoncée la dissolution des Boulogne Boys, groupe ultra historique du Paris Saint-Germain. Deux ans plus tard, c'est au tour de l'Olympique Lyonnais avec la dissolution de la Cosa Nostra.
Ces précédents rappellent que les autorités disposent de moyens pour intervenir lorsque les agissements d'ultras dépassent les limites.
À Lyon, alors que les tensions se multiplient, une nouvelle intervention est-elle à envisager ? Jusqu'où les divisions actuelles pourraient-elles conduire?
Toutes ces interrogations semblent indiquer que le supportérisme lyonnais traverse une période charnière. Reste à savoir si elle mènera à une solution réfléchie, en accord avec la direction du club ou à un point de non-retour...
